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Une transat un peu dengue

Nous sommes le 13 juin 2020. Après quelques jours de stress bien intense avec notre problème d’inverseur, nous voilà partis de Pointe-à-Pître direction les Açores ! Quelle émotion ! Après 5 mois passés sur l’arc antillais, nous devons dire au revoir au ti-punch avec le citron vert frais, aux eaux transparentes, au sable fin et aux sargasses. On range le fameux Patuelli « guide des Antilles » pour ressortir notre bon vieux « îles de l’Atlantiques ».

Nous quittons le 12 juin le port de Pointe-à-Pitre qui n’est pas très agréable. Il fait très chaud et l’eau stagnante du port diffuse une drôle d’odeur. Nous passons ainsi la dernière nuit avant le grand départ au mouillage de l’îlet Gosier. C’est l’occasion de faire un dernier carénage de Kerwatt et de s’amariner doucement.


Dernière terre en vue

La navigation se fait tout d’abord au près bien serré mais Kerwatt reste stable. La première nuit de navigation est rude : la nuit est très noire et la mer me semble bien menaçante. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas navigué sous les étoiles et j’avais oublié les sensations. Il n’est pas toujours évident de bien garder le cap sans repère. Je me retrouve à virer le bord sans faire exprès à la fin de mon quart.



C'est parti pour 24 jours de mer !

Après cette première nuit, Côme et moi s’inquiétons sur la performance de l’hydrogénérateur pour finalement se rendre compte que des sargasses s’étaient emmêlées dans l’hélice ce qui explique le ralentissement de production d’électricité. Me voilà rassurée ! Toute cette production d’énergie nous permet de bien nous reposer sur le pilote automatique.


Trois jours après notre départ, Camille se plaint de courbatures, de mal de tête et de frissons. Le soleil omniprésent nous fait penser à une insolation. Charles, le frère de Côme qui est médecin, est tenu au courant des symptômes. Je prescris alors du doliprane, du repos et surtout des massages aux tempes avec de l’huile essentielle de menthe poivrée.


La nuit se fait alors à trois. Il faut rester bien vigilant à la barre car de nombreux grains rendent la mer instable. Très rapidement, le vent se lève pendant 20 minutes. Il faut alors très rapidement réveiller celui qui prend son quart juste avant et prendre un ris. Heureusement, il est possible d’anticiper la manœuvre grâce au radar qui montre l’avancée des zones instables sur l’écran.




Six jours après notre départ, c’est au tour de Côme d’être patraque. Tous les deux ont de la fièvre et un énorme mal de tête. Nous sommes de plus en plus inquiets : est-ce la dengue (on venait de quitter Pointe-à-Pitre qui avait été infectée par la dengue) ? Est ce qu’il y a des formes graves ? Est-ce que tout l’équipage va être infecté ? Devons-nous nous dérouter aux Bermudes ?

J’appelle alors le centre de consultation médicale marine de Toulouse grâce à l’Iridium Go. La communication est un peu hachée avec un bon temps de latence mais celui-ci me rassure et me conseille un peu du tramadol en plus du doliprane. La fameuse trousse à pharmacie peu utilisée depuis le début de l’aventure est finalement bien rentabilisée !


Cette nuit, Paul et moi prenons donc les quarts à deux alternant toutes les trois heures. Malgré cette dengue, l’équipage garde le moral grâce à la pêche : un superbe thon ! L’appétit de Kerwatt étant un peu réduit, ce thon sera dégusté dans tous ces états (sushi, tataki, steak, rillette) principalement par Paul et moi pendant quatre jours entiers !



Camille est désormais bien rétablie et Côme commence à émerger de sa couchette. Les quarts reprennent doucement et la roue des services revient mais le vent commence vraiment à faiblir. Nous enchainons parfois de longues journées au moteur l’arrêtant parfois juste au déjeuner. Des thons viennent alors tourner autour de Kerwatt intrigués par ce drôle d’objet flottant. Un requin, attiré par notre hydrogénérateur viendra également tourner autour de nous.



La navigation suit son cours. Il y a peu de vent mais les dépressions ne sont pas loin et nous ne pouvons pas nous permettre de nous laisser dériver. Nous alternons donc voile et moteur sous le regard vigilant de Côme qui surveillent jour après jour nos réserves de gasoil.

Je profite pleinement de ce quotidien si propre à Kerwatt : l’odeur du pain réalisé par Camille pendant son quart de nuit qui cuit doucement le matin devant le lever du soleil, le grand bol de thé qui finit toujours par se renverser, la question de Paul : « ça vous va de déjeuner à 13h ? » (comme si quelqu’un avait un programme très chargé… ), les cookies de Côme dégustés pendant de longues parties de Catan, les débats sans fin au diner pour savoir quel film nous allons regarder tous ensemble dans le cockpit sous les étoiles, le difficile réveil au milieu de la nuit pour prendre son quart…

Nous sommes désormais début juillet et la fin de l’aventure n’est pas loin.

La pétole

Le 7 juillet, nous voyons la terre se dessiner. Tout a l’air bien vert ! Après 24 jours de mer, nous avons hâte de retrouver Charles et Lucie à Horta et d’aller randonner tous ensemble ! Mais il faut bien sûr faire notre douloureux test COVID avant. La fameuse bière d'arrivée est donc bu depuis Kerwatt et non dans un bar du port de Horta en attendant les résultats de nos test (bien évidemment négatifs).


Charlotte