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Le champ des possibles



Comme vous avez pu le voir dans l’article des 24 heures d’un matelot confiné, la vie à bord de Kerwatt pendant le confinement était belle et douce : nous n’étions pas à plaindre ! Cependant, nous étions face à quelques interrogations qui nous préoccupaient au plus haut lieu. Face à la crise sanitaire, la transat retour était compromise. Nous avons imaginé tous les scénarii possibles en fonction de l’évolution de la situation. L’incertitude ambiante ainsi que la navigation interdite pendant le confinement et lors du début du déconfinement, nous ont poussé à être prêts à s’adapter à tout. Voici quelques-uns de ces scénarii imaginés puis envisagés à bord :



1. Scénario catastrophe : la fin du projet aux Antilles, retour en avion en métropole pour les matelots et revente de Kerwatt aux Antilles. Ce scénario avait le mauvais goût d’écourter très fortement le projet et d’apporter de fortes contraintes logistiques (notamment concernant « l’hivernage » de Kerwatt aux Antilles pendant la saison des cyclones ainsi que sa revente).

Le fameux cargo à Sainte-Anne (Martinique)

2. Scénario pessimiste-constructif retour en cargo pour Kerwatt, retour en avion pour les matelots. Encore une fois l’aventure aurait été interrompue brutalement. Ce scénario avait la fâcheuse tendance à être réaliste et réalisable : beaucoup de voiliers en Martinique ont opté pour cette option (couteuse). De plus, il fallait choisir rapidement si nous retenions cette solution car les cargos transportant les voiliers étaient peu nombreux par rapport à la demande et arrêtaient les transat retour début mai pour ne pas être aux Antilles au début de la saison des cyclones. Une fois Kerwatt de retour en Europe, nous avions imaginé venir terminer le projet en faisant un tour de France des innovations lorsque la navigation serait à nouveau permise (juin-juillet). Au programme, les visites de l’estuaire de la Rance (la plus ancienne des usines marémotrice du monde), des prototypes de récupération de l’énergie des courants au large de Ouessant, l’éolienne flottante à côté d’Hoedic… Bref, il y avait de quoi rebondir !



3. Scénario pragmatique : retour en avion pour les matelots (encore une fois…) et retour de Kerwatt à la voile par un skipper pro lorsque la situation le permettrait. Avantage : pouvoir revendre Kerwatt en métropole alors que nous y sommes également (pendant notre dernière année d’école).

Inconvénient : toujours pas de transat retour pour les matelots…


On garde le sourire pendant l'élaboration de ces scenarii pas très réjouissants

4. Scénario réaliste : réaliser la transat sans pouvoir s’arrêter aux Açores à cause des restrictions sanitaires. Dans ce cas, il faut prévoir pour 45 jours d’autonomie en mer pour réaliser Guadeloupe-Bretagne. 45 jours d’autonomie représentent beaucoup de logistique supplémentaire (entre autres en eau, en nourriture et en gasoil). C’est une des raisons pour laquelle nous voulions nous assurer de l’autonomie énergétique de Kerwatt en ajoutant un hydrogénérateur. Nous avons toujours eu ce scénario en tête, même au moment de larguer les amarres pour notre transatlantique retour. Nous sommes partis avec pratiquement 1,5 tonne de vivres, eau et carburant !!!


5. Scénario Moitessier : passer le canal de Panama et attendre (quelques années ?) dans une île du Pacifique que la situation devienne plus souhaitable au retour des matelots.


6. Scénario réalisé : la transatlantique en 24 jours en profitant d’une belle dernière escale aux Açores.


Comme dit précédemment, pour anticiper une partie de ces scénarios et comme pour toute préparation de longues navigations, il fallait bien équiper Kerwatt, voici quelques éléments que nous avons apporté pour assurer une meilleure sécurité à bord compte tenu du contexte :

- assurer l’autonomie énergétique en installant l’hydro (petite hélice sur un bras que l’on immerge lorsque l’on veut produire de l’électricité) ;

- s’équiper d’un second téléphone satellite pour être sûr de pouvoir communiquer avec la terre en toutes circonstances ;

- de prendre un routeur météo pour nous conforter dans nos choix météos lors de la transat ;

- avoir encore plus de « spare » (pièces de rechange) que d’habitude pour l’accastillage, l’électronique et toutes pièces sensibles à bord.


Concernant l’installation de l’hydrogénérateur, ce fut très intéressant car il y avait beaucoup de travaux nouveaux pour nous. C’est Charlotte qui était maître d’ouvrage. Tout d’abord, il fallait concevoir un support sur-mesure (en inox) pour pouvoir accrocher l’hydro sur la jupe de Kerwatt. Ensuite il fallait faire des trous sur la jupe (très très proches du niveau de flottaison), faire un renfort à l’intérieur de la coque, le strater, étanchéifier le tout, faire un autre trou dans la coque pour y faire passer le câble de recharge… Cela a été une belle occupation pour nous lors de la fin du confinement.




Paul