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Cap vers le Sénégal !

El Hierro 00h. 4 jeunes s’affairent dans le petit port de la Estaca : dernières douches, rangement du voilier, derniers adieux à leurs amis d’Ecodysea.

En ce mardi 22 octobre nous quittons pour de bon l’Europe et le luxe de ses installations. Nous larguons les amarres pour une traversée de 860 nautiques à destination de Dakar. Nous partons un peu vers l’inconnu. Comment sera le Sénégal ? A quoi peut bien ressembler la mer sous ces latitudes ?

Nous ne le savons pas encore, mais nous allons vivre une longue traversée qui va nous révéler certains secrets de l’océan. Nous serions bien restés quelques jours de plus à El Hierro, mais une méchante dépression approche. Nous devons descendre au sud pour attraper le début des alizés.

Les deux premiers jours nous subissons un gros coup de fatigue. Les couchers sont tôt. Nous dinons à 19h. A 20h30 le silence règne, nous dormons déjà. Des grains (gros nuages) rendent le vent instable. La nuit est noire et les quarts paraissent bien longs.




Samedi 25 octobre, le vent qui nous portait est tombé, les nuages se sont dispersés et la chaleur a fait son apparition. Un heureux évènement est également survenu. La ligne de pêche semble vouloir dire quelque chose. Le leurre est sorti de l’eau et sautille derrière le voilier. Avec Camille nous remontons à toute allure la traîne. Nous avons pêché une dorade coryphène ! Paul nous prépare pour le déjeuner cet étonnant poisson, fourré à l’oignon et accompagné de ses pommes de terre à la Canarienne, c’est un véritable régale.

Nous avançons maintenant à moins de 2 nœuds (4km/h). Pendant 24h nous sommes bercés par les quelques vagues résiduelles. Camille et Charlotte lisent avec passion le guide du Sénégal : les photos qu’elles exhibent, les anecdotes qu’elles racontent sur ce pays me font déjà voyager. Tout à coup, nous remarquons une masse marronne a quelques dizaines de mètres. Chacun des matelots y trouve une explication, Charlotte discerne un cadavre, Paul une bûche, Camille un thon mort et moi un déchet plastique. Nous décidons de nous approcher pour comprendre. Surprise ! C’est une tortue des mers qui se laisse dériver !




Dimanche 26 octobre, 22h. La nuit noire est tombée sur Kerwatt. Nous avons allumé le moteur pour essayer d’aller chercher un peu de vent plus au sud. La couleur de l’eau a changé. Fini le bleu azur, place à une teinte gris-vert chargée de plancton. Les planctons, parlons en : la nuit venue leur mouvement crée de véritables explosions de couleurs, un spectacle de lumières interminable. La faune nous sourit et n’a pas fini de nous surprendre.

03h40 du matin. Voilà plus d’une heure que je suis de quart. Concentré sur ma route, j’essaie de barrer en suivant les étoiles. Je me plais à penser aux premiers navigateurs qui lisaient dans le ciel leur position, la météo et leur destinée. Mes pensées sont subitement interrompues par un souffle fort. Le temps d’allumer ma lampe frontale, je distingue le dos d’une baleine crachant un geyser d’eau et d’air. Dilemme, vais-je sortir les 3 autres de leur sommeil. Le temps d’y réfléchir, il est déjà trop tard, la baleine a disparu, laissant dans mon esprit un souvenir impérissable.


Le Lundi 27 octobre est une bonne journée. Kerwatt avance bien. La petite brise permet de nous rafraîchir. Camille réussi un exploit en gagnant une partie de Catane par un jeu d’alliance habile et stratégique.

A 6h du matin je prends mon quart. Concentré sur la boussole, je suis le cap 162°. Le soleil se lève à l’horizon faisant tomber l’humidité très présente. Subitement je suis sorti de ma léthargie matinale par un crissement aigu le long de la coque. Qui peut bien causer ce bruit ? Charlotte avec son Ukulele ? Je me retourne et vois une tortue sortir de la plage arrière. Elle se débat de toutes ses forces. La pauvre j’ai dû lui foutre une sacrée frousse ! Je lui présente mes excuses et reprends ma route.

Il nous reste maintenant plus que deux nuits à passer en mer et les premiers échantillons de la côte africaine font leur apparition. Nous sommes constamment entourés de papillons et d’insectes, tous plus étranges les uns que les autres, qui viennent voler autour de nous.



Mardi 28 octobre, 02h30 du matin, les dauphins apparaissent. Nous en voyons souvent et leur saut dans l’eau créent des feux d’artifices de couleurs qui rendraient bien des maires jaloux. Leur comportement ce soir est toutefois différent. Ils semblent plus excités, bondissent sur plusieurs mètres jusqu’à même m’éclabousser. Des dizaines de poissons volants volent également autour du voilier, c’est un spectacle magnifique. Quelques minutes plus tard, je comprends cette mascarade. Les dauphins sont en pleins repas, et dans leur saut ils essaient d’attraper ces misérables poissons.

03h30 Voilà plus d’une heure que je contemple cette partie de chasse. Le nombre de poissons volant est grandissant. Certains finissent même leur course dans le cockpit.

03h40 Un cri strident s’échappe de la cabine bâbord. Un poisson volant est passé par le hublot de la cabine des filles. Plus de peur que de mal ! Le temps de nettoyer, nous entendons une multitude de chocs sur Kerwatt. Des centaines de poissons volants planent désormais autour de nous. Il devient impossible de barrer. Nous restons tous les quatre à l’abri sous la capote. Un grand nombre vient s’écraser autour de nous. C’est fantastique !

Tout est revenu au calme une vingtaine de minutes plus tard. Nous nettoyons Kerwatt qui empeste le poisson avant d’aller nous reposer un peu.

Plus que 24h de navigation. Nous souhaitons arriver de jour à Dakar pour éviter filets de pêche aux alentours. Nous devons encore parcourir 140 nautiques en 24h. Pour une fois, nous touchons au moindre réglage pour faire avancer au plus vite Kerwatt.

Mercredi matin 30 octobre, par chance, le vent est apparu. Nous retrouvons le Kerwatt express ! Plus de 8 nœuds de moyenne ! C’est du jamais vu !

Nous croisons les premiers pêcheurs. Leurs barques sont mythiques, fines et colorées ; c’est atypique !

L’approche de Dakar n’est pas évidente : les pêcheurs sont partout et une multitude de déchets flottent autour de nous. Nous sommes également surpris par l’odeur que dégage Dakar. Après 8 jours dans l’immensité bleue, arriver dans une capitale africaine de 3 millions d’habitants n’est pas anodin ! Nous jetons enfin l’ancre dans la baie de Hann à proximité d’autres voiliers VSF et partons à la découverte de cette cité !

Côme







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